Vendredi 10 juillet 2009

...Les lendemains, cependant, ont un arrière goût plutôt amer. Les nouveaux ne s’imaginent pas que la vie à la campagne montre aussi des inconvénients.

Outre les odeurs outrecuidantes du fumier et du crottin de cheval, outre le carillon du clocher de l’église et le chant du coq à cinq heures du matin, c’est un coin de verdure que j’aime et que j’ai toujours connu. Moi, la ville, ses ronds points et ses feux tricolores, ses longues enfilades d’embouteillage et son lot de klaxons insultants, ses heures interminables dans les entrailles des souterrains, je ne les connais qu’à travers la lucarne du journal télévisé de Jean- Pierre Ricard.

Je suis né ici, je suis d’ici, j’y vis et j’y mourrai. Je me suis toujours accommodé de mes petits riens plutôt que de viser des grandiloquences inaccessibles.

J’ai toujours pris sur moi de parcourir les vingt kilomètres qui me séparent de la ville la plus proche, et encore une bourgade sans prétention avec juste ce qu’il faut de commerces. Alors évidemment, la permanentée et sa clique sont vite dépités devant le néant du superficiel : pas d’esthéticienne, ni de visagiste, pas de salle de gymnastique ou d’ostéopathe pour réparer les soubresauts de ces mesdames. Ici, si tu n’aimes pas la « 16-64 » et le pain bagnard, tu peux rebrousser tes taloches et attendre sous la guérite, que la liaison du car départemental passe te chercher pour t’emmener jusqu’à la ville la plus proche.

La permanentée, en fait, elle s’appelle Rosette. A la ville, ça fait chouette ça donne un côté caustique au quartier Haussmannien, dans lequel semble t-il, elle résidait. Ici, je l’appelle Mlle Caviard, ça donne un côté bobo à mes épouvantails.

Mlle Caviard fait la moue du matin au soir. Elle passe ses journée à se lamenter sur

son triste sort. Comment a- t elle pu craquer ainsi pour ce coin de pâturage alors que là bas, elle avait tout. C’est qu’ici, on ne tue pas l’ennui avec un éventail. Ici, Madame, on tue les mouches avec une tapette.

 

Un jour, Mlle Caviard daigne remarquer ma présence dans son voisinage. Et profitant certainement d’un grand vide dans son emploi du temps, elle s’approche de la bordure qui sépare nos deux mondes. Moi, je suis en train de ratisser le sol, le nez dans mes pensées quand j’entends un toussotement derrière moi. « Hum » fait elle pour rajouter à sa présence, « beau temps, aujourd’hui, n’est il pas ? »

Mouais, si ça lui plait de trouver que la pluie est un temps agréable. Quoique la concernant, un temps de chien lui sied à merveille.

Constatant ma facilité à discuter, elle ne s’offusque pas de mon manque d’enthousiasme et poursuit la conversation, plus pour s’occuper, elle, que par courtoisie. Ah, dites, comment occupez- vous tout votre temps ? Jardinage, élevage ? Bien sûr, ce doit être cela la solution quand on vit loin de tout. Et vous produisez vos légumes ?

Elle se met à me poser un tas de questions sur la vie à la ferme, avec un intérêt pour une fois qui me parait complètement désintéressé et dénué de vanité. Je relève la tête quand elle me permet enfin d’en placer une. De ce côté là, les femelles sont toutes les mêmes, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs. Alors, je bombe le torse et me lance dans des explications très techniques sur mes tâches à la ferme et de l’importance de veiller au grain.

L’après- midi passe à une telle vitesse que je ne réalise que bien plus tard l’apparition d’ un bel arc-en - ciel derrière un soleil déjà en déclin.

Mlle Caviard semble partager ce même bonheur. Celui, pour une fois, d’être aux premières loges d’un spectacle simple et précieux, d’être aussi en parfaite harmonie avec la nature. Se peut- il qu’une dégingandée de cet acabit puisse soudainement et sans prétention s’intéresser à un bougre comme moi ?

Elle vit à la campagne, parmi nous, depuis peu et jamais jusqu’à ce jour, elle n’a prêté attention à moi. Qu’est ce qui peut avoir changer chez elle qui n’a pas changé chez moi ? Est- ce moi, tout à coup, qui lui porte un intérêt soudain ?

Je suis un peu désarçonné par cette courtoisie gracieuse. C’est vrai que Mlle Caviard a de la classe et que ses frisettes à l’anglaise sont raffinées, que sa prestance tout autant que sa présence irradie le paysage.

Chaque jour depuis cette nouvelle rencontre pour le peu inattendue mais néanmoins amicale, je guette ses pas ouatés dans l’herbe encore frétillante de rosée. Chaque jour,

j’espère la caresse de son haleine dans mon dos ; moi qui me veux pourtant imperturbable, voilà que je deviens sentimental.

Est- il possible que je l’attire, que mes oreilles ne la rebutent plus, que mon hilarité laconique à la Thierry Lorand ne l’effraie plus ? Je secoue la tête : voilà que je parle tout seul maintenant ! Un mâle comme moi n’attire pas les regards. Je suis tout juste bon à croupir, célibataire dans cette vieille bâtisse familiale que je partage avec Geneviève et les cendres de feu Henry, un époux rustre mais honnête. Geneviève est un peu comme une sœur, moins qu’une mère mais plus qu’une amie. J’ai toujours vécu avec elle, elle m’héberge depuis tout petit, depuis qu’on m’a séparé de ma matrice et de mon géniteur. Elle est toujours aux petits soins pour moi. Encore maintenant, elle m’apporte mes céréales tous les matins, me brosse le dos quand ça me gratte. Elle est brave et je tiens à honorer sa générosité en m’acquittant de ma dette par de copieuses besognes. J’aime côtoyer la terre, humer les vapeurs d’humidité, frôler le vent d’ouest quand il ébouriffe ma toison grisonnante.

J’entends soudain une ombre. C’est étrange, j’ai un soubresaut et mon cœur s’emballe. Je me reprends et me retourne lentement, le temps de me donner une présence. Mlle Caviard est là, face à moi. Elle arbore un sourire narquois qui semble ne pas vouloir se délier. Elle a lâché sa chevelure, ça lui va mieux. Elle ne porte aucun apparat, elle s’ est mise à nu devant moi. Elle tourne la tête de côté tout en continuant de me dérober un peu plus. Elle commence à bredouiller des mots incompréhensibles que sa bouche a du mal à articuler. Elle reformule sa requête dans un balbutiement à faire éternuer les alouettes : « Accepteriez- vous de me faire découvrir les sentiers battus et d’accepter aussi mes excuses ? »

- Des excuses ? Lesquelles, pourquoi ?

Elle me répond timide : « Je m’excuse de n’être qu’une pâle copie de la société urbaine, de jouer à la dinde alors que je ne suis que la farce du dindon. Promis j’arrête de glouglouter. »

Je m’approche d’elle et lui chuchote à l’oreille : « je vais chercher la calèche, si vous voulez bien vous donner la peine. »

 

Adieu, veau, vache, cochon et chant du coq, bonjour, vallées verdoyantes, glas du dimanche. Les voisins ont déménagé mais Rosette est restée.

Ce matin, les cloches tintinnabulent dans le village. Les habitants sont regroupés devant les portes de l’église, c’est à qui mieux mieux verra le couple improbable sortir.

Un vieux est assis à la terrasse de l’unique bar, il déplie le journal local sur lequel, on peut lire en gros titre : « C’est bien la première fois qu’on voit un caniche (femelle) tomber amoureuse d’un âne. »

 

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Jeudi 9 juillet 2009

Coffre en carton pour notre fils Adam.

Par pasca - Publié dans : Eric le bricoleur
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Samedi 4 juillet 2009

Ah, je commence à en avoir assez que la voisine se moque de mes oreilles. Est ce que je me gausse de sa mise en pli ridicule à la Louis XIV et de ses manteaux en sky qu’elle porte même par trente degrés ?

Je sais bien que mes oreilles détonnent ; déjà quand j’étais jeune, dans la cour, on se moquait de moi.

Je n’y peux rien, moi, je tiens ça de mon père, qui tenait ça de son père et ainsi de suite et je ne peux rien faire contre les gènes.

De toute façon, c’est bien simple, depuis que les voisins ont investi l’ancienne ferme d’à côté de chez nous, nous n’avons que des échanges verbeux et distants. Ils atterrissent là, déguisés en épouvantails de luxe avec des bottes en caoutchouc de premier choix, à cent euros la paire imprimée « il pleut il mouille, c’est la fête à la grenouille » ou « coquelicots mesdames, coquelicots nouveaux » : ridicules ! Ils débarquent de leur cité high tech et vocifèrent déjà qu’ils ne veulent surtout pas salir leurs bottes « in »  citadines. Dites moi donc à quoi servent des bottes en caoutchouc dans ce cas ? C’est sûr, moi, à la campagne, je porte souvent mes sabots, quasiment toute l’année mais au moins je protège mes arrières et peu importe quand je talonne le sol et que je rentre dans ma chaumière, si je scande le parterre de quelques traces marrons. Les cris de la maîtresse de maison ne m’effraient plus.

Ah mais, attention, c’est que nos voisins ne sont pas d’ici. Quand je dis pas d’ici, je parle d‘ailleurs, un monde que je ne connais pas et qu‘ils arborent avec leur étiquette Dior ; Ils n’en sont pas, eux, de mon monde, de la campagne. Je parierai même qu’au salon de l’agriculture (où ils ne manquent pas de se pavaner tous les ans, car c’est très tendance, là bas), ils s’extasient devant le pis d’une vache. Et les enfants d’en rajouter et de répondre à la sempiternelle question ? D’ou provient le lait ? Mais du supermarché, bien sûr ! Ben oui, quelle question, faut sortir le dimanche !

Je me souviens de leur arrivée, il y a un an, dans une voiture plus propre que ma première culotte. Une grosse voiture avec des grosses roues, qu’ici de plus grosses, je n’ai vu que celles de notre tracteur, très à la pointe que nous venons d‘acquérir:

moteur hyper puissant à quatre cylindres turbo, la cabine moderne dispose d’une visibilité à trois cent soixante degrés ainsi que de la climatisation, de lecteur DVD et du GPS. Alors, c’est qui le patron, ici ? Non mais, on ne va pas m’apprendre à rouler sur du tout terrain et ce n’est certainement pas un quatre quart moelleux qui va me snober.

 

Ah, tout était si paisible avant, j’étais si tranquille. Je sortais de chez moi, je passais mon chemin sans souci de leur regard malsain posté derrière leurs stores diaprés « soi et or. » Encore, je pouvais sans sentiments, me soulager derrière un buisson sans vérifier à droite et à gauche, l‘éventualité d‘être dévisagé par de malencontreux promeneurs ahuris devant ma si belle armature. On ne fait pas pipi dans l’herbe dans les grandes villes. Non, on urine contre les murs ! C’est plus propre qu’ils disent. La pire de toute la tribu, c’est la permanentée, elle marche sur les orteils comme si elle avait peur d’user ses talons. Et pour un peu, qu’elle oublie cette précaution, elle est vite rappelée à l’ordre car nos sols sont marécageux et l’on a vite fait de s’enliser.

Elle, c’est vraiment la pire, avec son teint blafard, enrubanné et ses faux sourcils qui ont l’air d’embrasser ses seins. Et puis d’un snob, cette bourgeoise. C’est pas parce qu’elle a assisté à tous les grands défilés de mode, qu’elle insiste devant mon hébétude, quand elle affirme qu’elle a goûté les macarons de chez Lenôtre, moi, je lui rétorque, que moi aussi je savoure les miens. Visiblement, elle comprend rien, car elle hausse les épaules et tourne les hanches dandinant pour me signifier bien bas que la conversation s’arrête là. Si de conversation, il y a car elle se charge souvent des questions et des réponses : « Vous avez un traiteur digne de notre acabit, dans le coin ? Bien sûr que non, suis je bête, ici, on mange les restes.

Je serre les dents mais je lui dirais bien moi ce que je pense des coins. Ici, il n’y a que des angles de rues arrondis et des trottoirs défoncés par les commérages alourdis des anciens du village. Ici, on cuisine, on n’achète pas des plats en kit et on ne fait pas semblant d’aller au marché muni d’un panier qui n’a jamais servi, pour faire nouvelle tendance bio écolo.

 

Et les nouveaux proprio de la banlieue chic de Neuilly se plaisent à colporter à qui veut bien l’entendre, en fait uniquement le curé, que cette bicoque modeste leur a coûté les yeux de la tête « car mon dieu, dans quel état était cette ancienne grange dont on reconnaît aux poutres apparentes un charme rustique ». Il a fallu dégoter un architecte de talent pour redonner à ces vieux murs branlants et miteux, une apparence so cosy.

Pendant neuf mois , tout un staff technique du bâtiment défile, du maçon au peintre en passant par le couvreur, tous du coin mais néanmoins désarçonnés par les propos incompréhensibles de l’architecte à la veste de velours côtée et aux mocassins en croûte de porc crottée.

Moi, j’aime bien voir l’évolution de cette chirurgie « placo- esthétique » jusqu’au jour, où le dernier coup de pelle tinte comme le glas et est relégué par une coupe de

 

champagne que les propriétaires arborent fièrement lors de l’inauguration de leur villa.

Tout le village était invité : Mr Baldanier , le boucher, Mme Lilette, la boulangère, Mlle Eugénie, l’institutrice, Mr Gauthier, notre curé et enfin Mr Courtoix, le maire depuis plus de vingt ans. En tant que voisin, j’assiste, hagard, à cette boufonnade, les yeux emplis de « lacryma » d’aigreur et de jalousie, un peu aussi. Alors, seul, tapi derrière le petit muret qui me sépare de l’autre monde, je les regarde boire leur coupe, du champagne, du vrai, je crois bien que je n’en ai jamais bu de ma vie. J’ai du laper quelques restes de cidre ou de gnôle qui m’ont vite déséquilibré dans ma démarche penaude, mais du champagne millésimé, en plus, ça jamais. Autant dire que j’ai la gorge sèche ce soir là.

 

La fête bat son plein, les gens rentrent envieux et éméchés. Et dans la villégiature, tout le monde ronfle et émet des gaz à effets de gerbe....
A SUIVRE

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Vendredi 3 juillet 2009
Par pasca - Publié dans : dessins et peintures
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Samedi 27 juin 2009




Mickael Jackson est mort : triste nouvelle pour le monde entier et hommage à un artiste unique !
Ca va permettre aussi à toutes les sources d'informations de renouveler leur scoop et d'alimenter leur une. Alors que certaines rubriques commençaient à s'épuiser, la grippe H1N1, le crash de l'airbus, les dons d'organes, la crise, la misère et tout le reste passent au second degré. On le sait bien, les petites morts n'ont jamais payé. Cependant, hommage aussi à tous ces faits divers et tout autant tragiques.
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