Mardi 18 août 2009

Je suis arrivée depuis une demi- heure et je n’attends qu’une chose, repartir. J’ai accepté l’invitation plus par politesse que par plaisir. Je n’ai effectivement pas pu refuser l’anniversaire de ma collègue car je lui ai un peu suggéré cette fête. Si j’avais su, je m’en serais préservée. Elle est compétente mais incapable d’avoir une conversation discrète et intelligible. Elle s’étale en inepties et lourdeurs, parle fort et dans un argot à faire rougir les chanteurs paillards.

Elle est ma collègue de bureau. On me l’a déposée là, comme un cadeau empoisonné. Dès le premier jour, la première heure, je sais que mes journées de travail seront une éternité.

Elle se sent obligée de faire des remarques sur tout. Untel est mal sapé, un autre est franchement bandant. Dans un cabinet de ressources humaines, ses réflexions sont mal à propos.

Elle réfléchit rarement avant de parler. Et cependant, cette nana là réussit. On imaginerait qu’elle est incapable de sortir d‘une grande école et pourtant, diplômée en management, elle a un C.V à rendre jaloux tout le personnel.

Un jour pas comme les autres, elle arrive au bureau, les yeux rougis, muette comme une carpe et ça, ce n’est pas son genre. J’essaie de lui extirper des explications. Pendant une heure, elle me relate sa vie, ses déboires : un père violent, une mère alcoolique et ses séjours en famille d’accueil. Son langage grivois (elle en est consciente), elle le tient de ses parents à l’instruction quasi inexistante. Elle se promets d’avoir une situation professionnelle dont elle sortirait fière. Elle met donc tous en œuvre pour réussir là où sa famille n’a plus rien à lui offrir. Son père disparaît sans laisser d’adresse et se mère meurt d’un cirrhose deux ans auparavant. Elle n’a pas d’amoureux, pas d’enfant; Il faut dire qu’elle est jeune, à peine vingt- trois ans ; elle a encore du temps. Et puis elle tout sacrifie pour ses études.

Elle sait qu’elle passe pour une grande gueule mais elle me dévoile là, son unique arme de défense, son bouclier pour éviter de montrer sa souffrance quotidienne.

Ce matin, elle a pleuré comme bien souvent des matins mais elle ne renâcle jamais à la tache, elle vient vaille que vaille;

Elle a pleuré parce qu’ aujourd’hui, c’estson anniversaire et qu’elle n’a personne à inviter. Elle ne pleure pas pour les cadeaux ; elle n’en reçoit plus depuis des années. Mais cette solitude déjà, à vingt trois ans, devient insupportable.

Elle m’émeut et je lui propose d’être plus naturelle, elle y gagnera en amitié et en confiance. Pourquoi n’invite- t- elle pas ses amis, ses collègues de son âge ?

Elle y réfléchira et coupe net à la conversation. Nous nous remettons au travail et elle joue de sa gouaille toute la journée.

Elle a bien tort de se cacher derrière cette vulgarité.

 

Voilà pourquoi je me retrouve ce soir, à une fête d’anniversaire qui ne m’enchante vraiment pas. Bien sûr, j’ai été hypocrite de suggérer à cette fille d’inviter ses amis ( elle n’en a pas ou si peu) et ses acolytes de travail (dont je fais apparemment partie).

Cette soirée commence comme toutes les réunions et pots d’amitié : on se jauge, on murmure parce que rien d’intéressant extra- muros à raconter et on finit par parler salaires, grèves, contrats bref tout ce qui nous unit la semaine, au travail.

Je regarde ma montre, il n’est que neuf heures. Je ne me vois pas m’éclipser maintenant. Et dire qu’à l’autre bout de la ville, une fête bat son plein avec tous mes amis, mes vrais, pas ceux du travail. Je dois les rejoindre après mais après quoi ? Il ne se passe rien à cette soirée et je crois voir que ma collègue attend peut- être elle aussi l’issue de cet anniversaire raté. Pas d’ambiance, elle a aussi invité quelques beaufs, deux ou trois connaissances qui comme elle jouent du tambourin. Ils parlent fort et n’ont aucune tenue, aucune éducation. Ils échangent leurs idées « running » et leur jeux « playstation. » Quant à mes autres collègues, ils parlent berlines et décapotables, les femmes évoquent les couches et les biberons…

Je me hais d’être aussi snobe mais je ne me sens pas à ma place.

Je m’isole dans un coin de la pièce, dans cet appartement aux effets impersonnels. Tout y est de mauvais goût : un napperon sur le téléviseur, une peau de vache sur le canapé, des peintures aux couleurs criardes et représentant des chevaux, des posters de Johnny. Comment une fille aussi intelligente peut- elle manquer à ce point de finesse et d’esthétisme car franchement le décor frôle les « Bidonchons ». Je n’en peux plus d’être ici, même les toasts et le champagne sont bon marché et écoeurants. Je piaffe d’impatience, rends des sourires forcés à des regards que je croise involontairement. Pendant ce temps, au restaurant, Luxor m’attend une dizaine de potes autour de mets goûtus et raffinés, avec un vin à la robe sombre et aux parfums fruités ; il s’agit d’un autre anniversaire, celui de Rachel, mon ancienne colocataire, qui travaille dans un grand journal parisien. Rien à voir avec cette stagiaire. Elle m’a émue, une matinée avec ses histoires compliquées, dont je ne voulais surtout pas être témoin.

J‘ai voulu jouer sœur Thérésa alors que je n’ai visiblement pas de cœur, ni de générosité. Après tout je ne peux pas régler les problèmes et la misère des autres. J’ai bien assez de mes problèmes. Ainsi, je préfère occulter innocemment tout ce qui peut déranger ma petite vie tranquille. J’ai tout fait pour que ma vie soit sans encombres financières. Et ce soir, quoiqu’il arrive, je passerai une soirée ailleurs dans une ambiance de paillettes et de bougies étincelantes. Ma jeune collègue s’approche de moi et me tend un verre, elle semble faussement heureuse, grisée par l’alcool. Je prend mon air de chien battu et sur un ton navré, je lui avoue que je dois partir sur le champ, une amie me contacte sur mon portable, elle est tombée en panne en plein boulevard et franchement je ne peux absolument pas la laisser ainsi; ça ne se fait pas ; Ma collègue pousse la naïveté jusqu’à m’approuver. Elle m‘encourage en me poussant jusqu‘à la porte. Finalement, je me trouve assez convaincante.

Sans aucun remord, je prend mes affaires et mon manteau, lui adresse un regard à peine gêné et lui souhaite une bonne soirée.

Derrière la porte à l’extérieur, je souffle. J’attends quelques minutes. Je cherche mon portable pour avertir mes amis de mon arrivée imminente. Je leur parlerai certainement de ma soirée et l’on se moquera. Je regarde l’heure sur le cadran. Il est tout juste 21h30. J’ai l’impression d’être restée au moins deux heures et soudain, j’ai honte.

De l’autre côté de la porte, à l’intérieur, la collègue potiche sourit et se dit que décidément, elle ne réussit pas à se fondre dans la populace, elle en fait trop. Elle se dit que lundi, elle retournerait à sa vie, sa vraie vie, celle d’une petite bourgeoise, née avec une cuillère dans la main. Puisque son père est le patron de la boîte où elle officie incognito. Et dire que l’autre se croit supérieure à elle mais que sait- elle, cette parvenue de la vie et de ses déboires ?

Elle ne dira rien de cette soirée à son père, ni le reste d’ailleurs. Ca n’en vaut pas la peine. Mais qu’est ce qu’elle a ri.

Par pasca - Publié dans : sas d'attente
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Samedi 15 août 2009


moment de lecture à la plage.
Par pasca - Publié dans : Carnet de voyage : Argelès sur mer
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Mardi 11 août 2009


dessin au crayon
Par pasca - Publié dans : dessins et peintures
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Samedi 8 août 2009

Neuf heures du mat’

Devant ma boîte à lettres

Je tire une drôle de tête;

Dessus :

La pub me fait de l’œil

Dessous :

Une enveloppe marquée au fisc rouge

Me réclame des sous.

Le facteur distribue à toute allure

Les factures

Mais pour le bonheur, il dit : « à toute à l’heure ! »

Ce n’est pas sa faute,

Certes,

Si les nouvelles ont pris un coup de vieux.

D’ailleurs les vieux ont tout compris:

Sur leur boîte à eux,

Ils ont écrit :

« pas de publicité, merci ! »

 

Moi, je suis toujours là

Le regard dans le brouillard

Aujourd’hui, même pas une carte postale

D’une copine aux Baléares

Avec inscrit dessus :

« la mer est belle, l’été est chaud,

Bisous, je pense à toi »

franchement, ça sonne faux.

Moi, quand je pars en vacances,

Jamais, je dis à qui je pense.

 

Alors je déblaie le courrier

Comme on balaie les feuilles mortes

Devant son entrée.

Mes espoirs sont restés dehors

J’attends en vain qu’on frappe à ma porte

Qu’on me tende une enveloppe kraft

Que je m’imagine à l’intérieur soft

Avec des timbres à cinquante quatre cents la mise

Et dedans,

Un contrat, des honneurs

Ou bien

« un désolé, vous n’êtes pas prise »

J’ai les dents

Pas de réponse, mauvaise humeur

Je referme ma boîte

Et en même temps ma gueule

Mes pieds penauds et poîtes

Dans mes patins peinards

Je monte à l’étage

Je m’affale sur mon sofa

Et j’attends déjà

Demain, neuf heures du mat’.

Par pasca - Publié dans : slam
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Mercredi 5 août 2009

aquarelle, souvenir de vacances
Par pasca - Publié dans : dessins et peintures
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