Coffre en carton pour notre fils Adam.
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Pasca : A slam'di prochain
Mes slams, mes écrits, mes peintures et dessins...
Ah, je commence à en avoir assez que la voisine se moque de mes oreilles. Est ce que je me gausse de sa mise en pli ridicule à la Louis XIV et de ses manteaux en sky qu’elle porte même par trente degrés ?
Je sais bien que mes oreilles détonnent ; déjà quand j’étais jeune, dans la cour, on se moquait de moi.
Je n’y peux rien, moi, je tiens ça de mon père, qui tenait ça de son père et ainsi de suite et je ne peux rien faire contre les gènes.
De toute façon, c’est bien simple, depuis que les voisins ont investi l’ancienne ferme d’à côté de chez nous, nous n’avons que des échanges verbeux et distants. Ils atterrissent là, déguisés en épouvantails de luxe avec des bottes en caoutchouc de premier choix, à cent euros la paire imprimée « il pleut il mouille, c’est la fête à la grenouille » ou « coquelicots mesdames, coquelicots nouveaux » : ridicules ! Ils débarquent de leur cité high tech et vocifèrent déjà qu’ils ne veulent surtout pas salir leurs bottes « in » citadines. Dites moi donc à quoi servent des bottes en caoutchouc dans ce cas ? C’est sûr, moi, à la campagne, je porte souvent mes sabots, quasiment toute l’année mais au moins je protège mes arrières et peu importe quand je talonne le sol et que je rentre dans ma chaumière, si je scande le parterre de quelques traces marrons. Les cris de la maîtresse de maison ne m’effraient plus.
Ah mais, attention, c’est que nos voisins ne sont pas d’ici. Quand je dis pas d’ici, je parle d‘ailleurs, un monde que je ne connais pas et qu‘ils arborent avec leur étiquette Dior ; Ils n’en sont pas, eux, de mon monde, de la campagne. Je parierai même qu’au salon de l’agriculture (où ils ne manquent pas de se pavaner tous les ans, car c’est très tendance, là bas), ils s’extasient devant le pis d’une vache. Et les enfants d’en rajouter et de répondre à la sempiternelle question ? D’ou provient le lait ? Mais du supermarché, bien sûr ! Ben oui, quelle question, faut sortir le dimanche !
Je me souviens de leur arrivée, il y a un an, dans une voiture plus propre que ma première culotte. Une grosse voiture avec des grosses roues, qu’ici de plus grosses, je n’ai vu que celles de notre tracteur, très à la pointe que nous venons d‘acquérir:
moteur hyper puissant à quatre cylindres turbo, la cabine moderne dispose d’une visibilité à trois cent soixante degrés ainsi que de la climatisation, de lecteur DVD et du GPS. Alors, c’est qui le patron, ici ? Non mais, on ne va pas m’apprendre à rouler sur du tout terrain et ce n’est certainement pas un quatre quart moelleux qui va me snober.
Ah, tout était si paisible avant, j’étais si tranquille. Je sortais de chez moi, je passais mon chemin sans souci de leur regard malsain posté derrière leurs stores diaprés « soi et or. » Encore, je pouvais sans sentiments, me soulager derrière un buisson sans vérifier à droite et à gauche, l‘éventualité d‘être dévisagé par de malencontreux promeneurs ahuris devant ma si belle armature. On ne fait pas pipi dans l’herbe dans les grandes villes. Non, on urine contre les murs ! C’est plus propre qu’ils disent. La pire de toute la tribu, c’est la permanentée, elle marche sur les orteils comme si elle avait peur d’user ses talons. Et pour un peu, qu’elle oublie cette précaution, elle est vite rappelée à l’ordre car nos sols sont marécageux et l’on a vite fait de s’enliser.
Elle, c’est vraiment la pire, avec son teint blafard, enrubanné et ses faux sourcils qui ont l’air d’embrasser ses seins. Et puis d’un snob, cette bourgeoise. C’est pas parce qu’elle a assisté à tous les grands défilés de mode, qu’elle insiste devant mon hébétude, quand elle affirme qu’elle a goûté les macarons de chez Lenôtre, moi, je lui rétorque, que moi aussi je savoure les miens. Visiblement, elle comprend rien, car elle hausse les épaules et tourne les hanches dandinant pour me signifier bien bas que la conversation s’arrête là. Si de conversation, il y a car elle se charge souvent des questions et des réponses : « Vous avez un traiteur digne de notre acabit, dans le coin ? Bien sûr que non, suis je bête, ici, on mange les restes.
Je serre les dents mais je lui dirais bien moi ce que je pense des coins. Ici, il n’y a que des angles de rues arrondis et des trottoirs défoncés par les commérages alourdis des anciens du village. Ici, on cuisine, on n’achète pas des plats en kit et on ne fait pas semblant d’aller au marché muni d’un panier qui n’a jamais servi, pour faire nouvelle tendance bio écolo.
Et les nouveaux proprio de la banlieue chic de Neuilly se plaisent à colporter à qui veut bien l’entendre, en fait uniquement le curé, que cette bicoque modeste leur a coûté les yeux de la tête « car mon dieu, dans quel état était cette ancienne grange dont on reconnaît aux poutres apparentes un charme rustique ». Il a fallu dégoter un architecte de talent pour redonner à ces vieux murs branlants et miteux, une apparence so cosy.
Pendant neuf mois , tout un staff technique du bâtiment défile, du maçon au peintre en passant par le couvreur, tous du coin mais néanmoins désarçonnés par les propos incompréhensibles de l’architecte à la veste de velours côtée et aux mocassins en croûte de porc crottée.
Moi, j’aime bien voir l’évolution de cette chirurgie « placo- esthétique » jusqu’au jour, où le dernier coup de pelle tinte comme le glas et est relégué par une coupe de
champagne que les propriétaires arborent fièrement lors de l’inauguration de leur villa.
Tout le village était invité : Mr Baldanier , le boucher, Mme Lilette, la boulangère, Mlle Eugénie, l’institutrice, Mr Gauthier, notre curé et enfin Mr Courtoix, le maire depuis plus de vingt ans. En tant que voisin, j’assiste, hagard, à cette boufonnade, les yeux emplis de « lacryma » d’aigreur et de jalousie, un peu aussi. Alors, seul, tapi derrière le petit muret qui me sépare de l’autre monde, je les regarde boire leur coupe, du champagne, du vrai, je crois bien que je n’en ai jamais bu de ma vie. J’ai du laper quelques restes de cidre ou de gnôle qui m’ont vite déséquilibré dans ma démarche penaude, mais du champagne millésimé, en plus, ça jamais. Autant dire que j’ai la gorge sèche ce soir là.
La fête bat son plein, les gens rentrent envieux et éméchés. Et dans la villégiature, tout le monde ronfle et émet des gaz à effets de gerbe....
A SUIVRE
Derniers Commentaires